Z
Savant

Zayd ibn Thābit

زَيْدُ بْنُ ثَابِتٍ

Décès : 45 H / 665 Compagnon, Anṣār (Khazraj)

Compagnon du Prophète ﷺ, scribe de la révélation et compilateur du Coran

Zayd ibn Thābit al-Anṣārī (m. vers 45 H), scribe de la révélation, chargé par Abū Bakr de rassembler le Coran puis par ʿUthmān de le recopier. Grand spécialiste des successions. Il fait partie des compagnons du Prophète ﷺ.

Biographie

Si le Coran est aujourd'hui rassemblé entre deux couvertures, c'est en grande partie grâce à un homme : Zayd ibn Thābit. Il n'avait qu'onze ans quand le Prophète ﷺ arriva à Médine. Quelques années plus tard, c'est à lui que les califes confièrent la mission la plus délicate de l'histoire de l'islam.

Un enfant de Médine

Zayd ibn Thābit ibn aḍ-Ḍaḥḥāk appartient au clan des Banū n-Najjār, de la tribu des Khazraj, l'une des deux grandes tribus des Anṣār de Médine. On le surnomme Abū Saʿīd ou Abū Khārija.

Selon ash-Shīrāzī dans *Ṭabaqāt al-Fuqahāʾ*, il avait onze ans lorsque le Prophète ﷺ émigra à Médine. Il était donc encore un enfant, mais un enfant vif, intelligent, qui apprenait vite.

Une langue apprise sur ordre du Prophète ﷺ

Le Prophète ﷺ recevait des lettres en hébreu et devait y répondre. Il ne voulait pas dépendre de personnes dont il n'était pas sûr. Zayd raconte : « Le Messager d'Allah ﷺ m'a ordonné d'apprendre pour lui l'écriture des Juifs. » Il ajoute qu'il ne lui fallut pas un demi-mois pour la maîtriser. Ensuite, c'est lui qui écrivait les lettres du Prophète ﷺ et qui lui lisait celles qu'il recevait (rapporté par at-Tirmidhī).

Le scribe de la révélation

Zayd faisait partie de ceux qui écrivaient le Coran sous la dictée du Prophète ﷺ, au fur et à mesure qu'il était révélé. Il connaissait donc le texte de très près : il l'avait entendu, écrit et appris de la bouche même du Prophète ﷺ.

Zayd raconte lui-même une scène qu'il n'oublia jamais. Le Prophète ﷺ lui dictait le verset : « Ne sont pas égaux ceux des croyants qui restent chez eux et ceux qui luttent dans le sentier d'Allah » (sourate an-Nisāʾ, 4:95). Le compagnon aveugle Ibn Umm Maktūm arriva et dit : « Ô Messager d'Allah, si je le pouvais, je lutterais moi aussi. » La révélation descendit alors sur le Prophète ﷺ, dont la cuisse reposait sur celle de Zayd. Elle devint si lourde que Zayd crut que sa cuisse allait se briser. Puis Allah révéla les mots « à l'exception de ceux qui ont une excuse » (ghayru ulī ḍ-ḍarar), et Zayd les ajouta au verset (rapporté par al-Bukhārī).

Le premier rassemblement du Coran

Après la mort du Prophète ﷺ, lors de la bataille d'al-Yamāma, de nombreux récitateurs du Coran furent tués. ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb alla trouver le calife Abū Bakr et lui fit part de sa crainte : si les récitateurs continuaient de mourir, une partie du Coran risquait de se perdre.

Abū Bakr finit par être convaincu et fit appeler Zayd. Il lui dit : « Tu es un homme jeune et intelligent, nous n'avons rien à te reprocher, et tu écrivais la révélation pour le Messager d'Allah ﷺ. Recherche le Coran et rassemble-le. »

Zayd raconte sa réaction : « Par Allah, s'ils m'avaient demandé de déplacer une montagne, cela n'aurait pas été plus lourd pour moi que ce qu'ils m'ordonnaient de rassembler du Coran. » Il hésita d'abord, comme Abū Bakr avant lui, puis accepta. Il rechercha le Coran sur les feuilles de palmier, les pierres plates et dans les poitrines des hommes (rapporté par al-Bukhārī).

Une rigueur extrême

Zayd connaissait lui-même le Coran par cœur, mais il ne se contenta pas de sa mémoire. Il chercha chaque passage écrit devant le Prophète ﷺ et entendu de plusieurs compagnons. Il raconte qu'il trouva la fin de la sourate at-Tawba (« لَقَدْ جَآءَكُمْ رَسُولٌ مِّنْ أَنفُسِكُمْ… ») écrite chez Abū Khuzayma al-Anṣārī, et chez personne d'autre (rapporté par al-Bukhārī). Ce détail montre le soin avec lequel chaque verset a été vérifié avant d'être consigné.

Les feuilles ainsi rassemblées restèrent chez Abū Bakr, puis chez ʿUmar, puis chez Ḥafṣa bint ʿUmar.

La copie de ʿUthmān

Quelques années plus tard, sous le califat de ʿUthmān ibn ʿAffān, les musulmans s'étaient répandus dans de nombreuses régions, et des divergences apparaissaient dans la manière de réciter. ʿUthmān demanda à Ḥafṣa de lui confier les feuilles. Il chargea Zayd ibn Thābit, avec ʿAbdallāh ibn az-Zubayr, Saʿīd ibn al-ʿĀṣ et ʿAbd ar-Raḥmān ibn al-Ḥārith ibn Hishām, de les recopier en plusieurs exemplaires, qui furent envoyés dans les grandes villes (rapporté par al-Bukhārī).

ʿUthmān donna aussi une consigne précise aux trois membres qurayshites du groupe : « Si vous divergez avec Zayd ibn Thābit sur un mot du Coran, écrivez-le dans le parler de Quraysh, car c'est dans leur langue qu'il a été révélé » (rapporté par al-Bukhārī).

Zayd a donc participé aux deux grandes étapes de la mise par écrit du Coran.

Le spécialiste des successions

Zayd était aussi un grand juriste. Le Prophète ﷺ a dit, en décrivant les qualités de plusieurs compagnons : « Et le plus savant d'entre eux en matière de successions (farāʾiḍ) est Zayd ibn Thābit » (rapporté par at-Tirmidhī et Ibn Māja).

Son avis en matière d'héritage a beaucoup compté chez les juristes, et les livres de fiqh le citent très souvent sur ces questions.

L'un des six muftis

Masrūq, l'un des grands tābiʿūn, disait que les compagnons du Prophète ﷺ qui donnaient des avis juridiques (fatwā) étaient six, et il comptait Zayd parmi eux (cité par Ibn Ḥajar dans *Tahdhīb at-Tahdhīb*). Le savant ash-Shaʿbī résumait sa supériorité en une phrase : « Zayd a dépassé les gens dans deux domaines : les successions et le Coran » (cité par adh-Dhahabī dans *Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ*).

Selon al-Wāqidī, sa première bataille fut celle du Fossé (al-Khandaq), en l’an 5 de l’hégire.

Le respect des savants

Ash-Shīrāzī rapporte, d'après ash-Shaʿbī, qu'Ibn ʿAbbās, pourtant cousin du Prophète ﷺ et grand savant, tenait l'étrier de Zayd quand il montait sur sa monture, par respect pour sa science.

Sa mort

Les historiens divergent sur l'année de sa mort. Ash-Shīrāzī la situe en l'an 45 de l'hégire, à Médine ; Ibn ʿAbd al-Barr mentionne d'autres avis, allant jusqu'à l'an 56. Selon Ibn Kathīr dans *al-Bidāya wa n-Nihāya*, Ibn ʿAbbās dit ce jour-là : « Aujourd'hui, une grande science est morte. »

Ce que l'on peut retenir

Zayd ibn Thābit était jeune quand on lui a confié le Coran, et il a tremblé devant la responsabilité. C'est peut-être pour cela qu'on lui a fait confiance : il savait ce que pesait chaque lettre. Chaque fois que nous ouvrons un muṣḥaf, nous profitons de son travail.

À lire aussi