Abū Bakr as-Siddīq
أَبُو بَكْرٍ الصِّدِّيقُ
Premier calife de l'islam, compagnon du Prophète ﷺ dans la grotte
Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq (m. 13 H / 634), le plus proche ami du Prophète ﷺ, premier homme libre à embrasser l'islam, compagnon de la grotte lors de l'Hégire et premier calife. Il fait partie des compagnons du Prophète ﷺ.
Il y a, dans le Coran, un verset qui parle de deux hommes cachés dans une grotte, poursuivis par ceux qui voulaient les tuer. L'un d'eux est le Prophète ﷺ. L'autre est Abū Bakr. Toute sa vie tient dans ce verset : il était « le second des deux », celui qui accompagnait, soutenait, croyait sans hésiter.
Qui était Abū Bakr ?
Son nom est ʿAbdallāh ibn ʿUthmān. Son père était connu sous le surnom d'Abū Quḥāfa. Il appartient au clan des Banū Taym, de la tribu de Quraysh. On l'appelait aussi ʿAtīq, et surtout aṣ-Ṣiddīq, « celui qui confirme sans cesse la vérité ».
Avant l'islam, c'était un commerçant respecté de La Mecque, connu pour sa droiture et sa connaissance des généalogies arabes. Il était l'ami du Prophète ﷺ bien avant la révélation.
Le premier homme à croire
Les savants rapportent plusieurs avis sur la première personne à avoir embrassé l'islam. Ils s'accordent sur Khadīja, et beaucoup retiennent la formule que rapporte al-ʿIrāqī dans *at-Taqyīd wa l-Īḍāḥ* : le premier à croire parmi les hommes libres fut Abū Bakr, parmi les jeunes garçons ʿAlī, parmi les femmes Khadīja, parmi les affranchis Zayd ibn Ḥāritha, et parmi les esclaves Bilāl.
Abū Bakr ne garda pas sa foi pour lui. Plusieurs des dix compagnons promis au Paradis sont entrés dans l'islam par son intermédiaire.
Pourquoi « aṣ-Ṣiddīq » ?
Les biographes donnent deux explications. Selon la première, il fut appelé ainsi parce qu'il se hâtait de confirmer tout ce que le Prophète ﷺ annonçait. Selon la seconde, ce surnom lui fut donné lorsqu'il crut sans hésiter au récit du voyage nocturne (al-Isrāʾ), alors que d'autres s'en moquaient. Les deux explications sont rapportées dans *Taqyīd al-Muhmal*.
Il libéra Bilāl
À La Mecque, les esclaves qui avaient embrassé l'islam subissaient les pires tortures. Abū Bakr dépensa son argent pour en racheter plusieurs et les affranchir. Le plus célèbre est Bilāl ibn Rabāḥ. ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb disait plus tard : « Abū Bakr est notre maître, et il a affranchi notre maître », c'est-à-dire Bilāl (rapporté par al-Bukhārī).
Le compagnon de la grotte
Lorsque le Prophète ﷺ reçut l'ordre d'émigrer à Médine, c'est Abū Bakr qu'il choisit pour l'accompagner. Ils se cachèrent trois jours dans la grotte de Thawr. Les poursuivants arrivèrent juste au-dessus d'eux. Abū Bakr raconte : « J'ai dit au Prophète ﷺ, alors que nous étions dans la grotte : si l'un d'eux regardait à ses pieds, il nous verrait. » Le Prophète ﷺ répondit : « Que penses-tu, Abū Bakr, de deux personnes dont Allah est le troisième ? » (rapporté par al-Bukhārī et Muslim).
Allah a mentionné cet épisode dans le Coran : « …le second des deux, quand ils étaient dans la grotte, et qu'il disait à son compagnon : ne t'afflige pas, Allah est avec nous » (sourate at-Tawba, 9:40).
Celui que le Prophète ﷺ aimait le plus
Le compagnon ʿAmr ibn al-ʿĀṣ demanda un jour au Prophète ﷺ : « Qui est la personne que tu aimes le plus ? » Il répondit : « ʿĀʾisha. » ʿAmr reprit : « Et parmi les hommes ? » Il répondit : « Son père » (rapporté par al-Bukhārī).
Le Prophète ﷺ a dit aussi : « La personne qui m'a le plus soutenu par sa compagnie et par ses biens est Abū Bakr » (rapporté par al-Bukhārī). Et encore : « Si je devais prendre un ami intime (khalīl) en dehors de mon Seigneur, je prendrais Abū Bakr » (rapporté par al-Bukhārī).
« Je leur ai laissé Allah et Son Messager »
ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb raconte qu'un jour le Prophète ﷺ demanda aux compagnons de donner en aumône. ʿUmar se dit : « Aujourd'hui, je vais dépasser Abū Bakr. » Il apporta la moitié de ses biens. Le Prophète ﷺ lui demanda : « Qu'as-tu laissé à ta famille ? » Il répondit : « Autant. » Puis Abū Bakr arriva avec tout ce qu'il possédait. À la même question, il répondit : « Je leur ai laissé Allah et Son Messager. » ʿUmar conclut : « Je ne le dépasserai jamais en rien » (rapporté par Abū Dāwūd et at-Tirmidhī).
Il dirigea la prière à la place du Prophète ﷺ
Pendant sa dernière maladie, quand il ne pouvait plus sortir, le Prophète ﷺ ordonna : « Dites à Abū Bakr de diriger la prière des gens » (rapporté par al-Bukhārī). Beaucoup de compagnons y virent un signe : celui qui avait été choisi pour guider la prière était le plus digne de guider la communauté.
Le jour le plus difficile
À la mort du Prophète ﷺ, les compagnons furent bouleversés. Certains refusaient d'y croire. Abū Bakr entra, découvrit le visage du Prophète ﷺ, l'embrassa, puis sortit parler aux gens. Il dit : « Celui d'entre vous qui adorait Muḥammad, Muḥammad est mort. Et celui qui adore Allah, Allah est vivant et ne meurt pas. » Puis il récita le verset : « Muḥammad n'est qu'un messager ; des messagers sont passés avant lui… » (Āl ʿImrān, 3:144). Les compagnons dirent qu'ils avaient l'impression d'entendre ce verset pour la première fois (rapporté par al-Bukhārī).
Le premier calife
Les compagnons lui prêtèrent allégeance. Il fut le premier calife de l'islam. Son califat dura environ deux ans et trois mois, selon ce que rapporte Ibn ʿAsākir dans *Tārīkh Dimashq*.
Ce court règne fut décisif. Plusieurs tribus refusèrent de payer la zakāt après la mort du Prophète ﷺ. Certains compagnons hésitaient à les combattre. Abū Bakr resta ferme : « Par Allah, je combattrai quiconque fait une différence entre la prière et la zakāt, car la zakāt est le droit dû sur les biens » (rapporté par al-Bukhārī et Muslim). ʿUmar reconnut ensuite qu'Allah avait ouvert le cœur d'Abū Bakr à cette décision.
Le Coran rassemblé
Lors de la bataille d'al-Yamāma, de nombreux récitateurs du Coran tombèrent. ʿUmar craignit qu'une partie du Coran ne se perde. Abū Bakr confia alors à Zayd ibn Thābit la mission de le rassembler sur des feuilles, en lui disant : « Tu es un homme jeune et intelligent, nous n'avons rien à te reprocher, et tu écrivais la révélation pour le Messager d'Allah ﷺ » (rapporté par al-Bukhārī). Ces feuilles furent gardées chez Abū Bakr, puis chez ʿUmar, puis chez Ḥafṣa.
Sa mort
Abū Bakr mourut en l'an 13 de l'hégire. Il avait soixante-trois ans, le même âge que le Prophète ﷺ à sa mort (rapporté par Muslim). Il fut enterré auprès de lui, dans la chambre de ʿĀʾisha, sa fille.
Ce que l'on peut retenir
Abū Bakr n'a pas été le plus long des califes, ni le plus bruyant des compagnons. Mais il a été là au premier jour, dans la grotte, au chevet du Prophète ﷺ et au moment où tout aurait pu s'effondrer. Sa grandeur tient en un mot, celui qu'on a retenu de lui : aṣ-Ṣiddīq, celui qui a cru.

