Si vous avez déjà comparé un Coran imprimé au Maroc ou au Sénégal avec un Coran imprimé en Arabie saoudite, vous avez peut-être remarqué de petites différences : un mot vocalisé autrement, une lettre en plus ou en moins. Ce ne sont pas des erreurs. Ce sont des lectures (qirāʾāt) différentes, toutes transmises depuis le Prophète ﷺ.
« Le Coran a été révélé selon sept aḥruf »
Le Prophète ﷺ a dit, dans un hadith rapporté par al-Bukhārī et Muslim d'après ʿUmar :
إِنَّ هَذَا القُرْآنَ أُنْزِلَ عَلَى سَبْعَةِ أَحْرُفٍ، فَاقْرَؤُوا مَا تَيَسَّرَ مِنْهُ
« Ce Coran a été révélé selon sept modes (aḥruf) ; lisez donc ce qui vous est facile. »
Attention : les « sept aḥruf » du hadith ne sont pas la même chose que les « sept lectures » dont nous parlons ici. Le savant Abū Shāma, dans *al-Murshid al-Wajīz*, explique que c'est une erreur de les confondre. Les sept lectures sont des voies de récitation, transmises avec des chaînes sûres, qui s'inscrivent dans ce que permettent ces aḥruf.
Pourquoi sept lectures ?
Au IVᵉ siècle de l'hégire, le savant Ibn Mujāhid (m. 324 H) a réuni dans son *Kitāb as-Sabʿa* les lectures de sept grands imams, choisis pour la solidité de leur transmission et leur large diffusion. Plus tard, l'imam ash-Shāṭibī (538-590 H) les a mises en vers dans un poème célèbre, la *Shāṭibiyya*, que les spécialistes apprennent encore par cœur.
Les sept lecteurs et leurs transmetteurs
Chaque lecteur est connu par deux transmetteurs (rāwī) principaux, cités dans la Shāṭibiyya :
- Nāfiʿ, de Médine : Qālūn et Warsh
- Ibn Kathīr, de La Mecque : al-Bazzī et Qunbul
- Abū ʿAmr, de Baṣra : ad-Dūrī et as-Sūsī
- Ibn ʿĀmir, de Damas : Hishām et Ibn Dhakwān
- ʿĀṣim, de Kūfa : Shuʿba et Ḥafṣ
- Ḥamza, de Kūfa : Khalaf et Khallād
- al-Kisāʾī, de Kūfa : Abū al-Ḥārith et ad-Dūrī.
Plus tard encore, l'imam Ibn al-Jazarī a ajouté trois autres lectures dans son ouvrage *an-Nashr fī al-Qirāʾāt al-ʿAshr*, d'où l'expression « les dix lectures ».
Ḥafṣ et Warsh : les deux plus répandues
Aujourd'hui, la lecture la plus diffusée dans le monde est celle de ʿĀṣim par la transmission de Ḥafṣ. C'est celle de la plupart des Corans imprimés et des récitateurs célèbres.
En Afrique du Nord et en Afrique de l'Ouest, beaucoup apprennent le Coran selon la lecture de Nāfiʿ par la transmission de Warsh. L'imam Mālik disait, selon ce que rapporte Abū ʿAmr ad-Dānī dans *Jāmiʿ al-Bayān* : « La lecture de Nāfiʿ est une sunna. »
Ce que l'on peut retenir
Ces lectures ne changent pas le message du Coran. Elles montrent au contraire avec quelle précision il a été transmis : lettre par lettre, de maître à élève, jusqu'à nous. Pour réciter, l'essentiel est d'apprendre une lecture auprès d'un enseignant qualifié et de bien en maîtriser les règles.
Pour aller plus loin :

