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Muḥammad ibn Idrīs ash-Shāfiʿī

Savant

Une vie consacrée au Coran, à la Sunna et à la recherche de la vérité Parmi les grandes figures de l’histoire du fiqh, peu de savants occupent une place aussi singulière que l’imam Muḥammad ibn Idrīs ash-Shāfiʿī. Juriste, spécialiste du hadith, linguiste, enseignant et auteur, il fut l’un des savants les plus influents de son époque. Son nom est aujourd’hui associé à l’une des quatre grandes écoles juridiques sunnites, mais réduire sa vie à la seule fondation d’un madhhab serait passer à côté de l’essentiel. Car la vie d’ash-Shāfiʿī est avant tout l’histoire d’un homme qui consacra son existence à la recherche du savoir. Orphelin et issu d’un milieu modeste, il grandit sans les facilités matérielles qui auraient pu favoriser une carrière intellectuelle. Pourtant, dès son enfance, il manifesta une soif de connaissance exceptionnelle. Il mémorisa le Coran, s’intéressa à la langue arabe, étudia la poésie, le hadith et le fiqh, voyagea à la rencontre des plus grands savants de son temps et confronta différentes traditions juridiques. Il fut notamment l’élève de l’imam Mālik ibn Anas à Médine et étudia auprès de Muḥammad ibn al-Ḥasan ash-Shaybānī, l’un des principaux représentants de l’école juridique irakienne. Cette rencontre avec des traditions intellectuelles différentes joua un rôle majeur dans la formation de sa pensée. Ash-Shāfiʿī ne fut pas simplement un transmetteur de ce qu’il avait appris. Il chercha à comprendre les fondements du raisonnement juridique et à établir une méthode permettant de revenir au Coran et à la Sunna avec rigueur. Mais son héritage ne réside pas uniquement dans ses livres. Ceux qui vécurent auprès de lui rapportèrent également son humilité devant la vérité, sa générosité, sa piété, son attachement au Coran et son refus de considérer le savoir comme un moyen de domination sur les autres. 1. Une origine qurayshite Son nom complet est : Muḥammad ibn Idrīs ibn al-ʿAbbās ibn ʿUthmān ibn Shāfiʿ ibn as-Sāʾib ibn ʿUbayd ibn ʿAbd Yazīd ibn Hāshim ibn al-Muṭṭalib ibn ʿAbd Manāf al-Qurashī al-Muṭṭalibī. Il est ainsi rattaché à Quraysh et plus précisément aux Banū al-Muṭṭalib. Son ancêtre Shāfiʿ ibn as-Sāʾib appartient à la même lignée que ʿAbd al-Muṭṭalib, le grand-père du Prophète ﷺ. Son appartenance à cette noble lignée explique le nom sous lequel il devint célèbre : ash-Shāfiʿī. Sa mère était issue des Azd. Les sources biographiques rapportent différents détails concernant ses origines et les premières années de sa vie, notamment concernant son lieu exact de naissance. La tradition la plus largement rapportée situe sa naissance à Gaza, en Palestine, en l’an 150 de l’Hégire, soit environ 767 de l’ère chrétienne. Cette même année correspond à la mort de l’imam Abū Ḥanīfa. Son père, Idrīs, mourut alors qu’il était encore très jeune. Ash-Shāfiʿī grandit donc sans père, élevé par sa mère. Cette enfance difficile allait marquer profondément son parcours. 2. L’enfant pauvre qui choisit le savoir La famille d’ash-Shāfiʿī ne disposait pas de grandes ressources. Sa mère comprit cependant rapidement que son fils avait une disposition particulière pour l’apprentissage. Elle l’emmena à La Mecque alors qu’il était encore enfant, afin qu’il puisse y grandir parmi les Quraysh et recevoir une éducation religieuse et linguistique. C’est à La Mecque qu’allait véritablement commencer son parcours. Mais son premier talent ne fut pas nécessairement le fiqh. Les récits rapportent qu’il excellait notamment dans le tir à l’arc. Il aurait atteint un niveau remarquable, au point de réussir neuf tirs sur dix, puis dix sur dix. Ce détail peut sembler anecdotique. Il révèle pourtant quelque chose de son caractère : lorsqu’il entreprenait quelque chose, il s’y consacrait avec sérieux. Cette disposition allait ensuite se manifester dans son rapport au savoir. 3. Le Coran, la langue arabe et la mémoire Très jeune, ash-Shāfiʿī se tourna vers l'apprentissage du Coran. Les sources rapportent qu’il mémorisa le Coran à l’âge de sept ans. Il étudia notamment auprès d’Ismāʿīl ibn Qusṭanṭīn, qui faisait partie des transmetteurs de la récitation mecquoise. Mais son intérêt ne se limita pas à la mémorisation. Il comprit très tôt que la compréhension du texte révélé nécessitait également une maîtrise profonde de la langue arabe. Il se consacra donc à la grammaire, à la poésie, à la littérature et aux usages linguistiques des Arabes. Il aurait même passé de longues années auprès de tribus arabes afin de perfectionner son arabe et d'acquérir une connaissance directe de leur langue. Cette formation linguistique allait devenir l'une des caractéristiques de sa méthode juridique. Pour lui, comprendre un texte ne consistait pas seulement à en connaître les mots. Il fallait comprendre leur sens, leur contexte, leur usage et les différentes possibilités offertes par la langue. C’est notamment cette maîtrise qui lui permit ensuite de travailler avec précision sur les textes du Coran et de la Sunna. 4. Le jeune étudiant de La Mecque La…