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Hadith authentique, bon ou faible ? Les bases de la science du hadith avec la Bayqūniyya

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Que veulent dire ṣaḥīḥ, ḥasan, ḍaʿīf, mursal ou mawḍūʿ ? Les termes essentiels de la science du hadith expliqués simplement, à partir du célèbre poème d’al-Bayqūnī. Traduction complète en PDF gratuit.

« Ce hadith est authentique », « celui-là est faible », « ce récit est forgé » : on entend ces mots tous les jours, sur les réseaux sociaux comme dans les mosquées. Mais que veulent-ils dire exactement ? Les savants y ont consacré une science, la terminologie du hadith (muṣṭalaḥ al-ḥadīth), et le texte par lequel on y entre depuis des siècles est un poème de 34 vers : la Bayqūniyya.

1. Un petit poème, une grande porte

Son auteur, al-Bayqūnī de Damas, est mal connu : on hésite même sur son prénom (ʿUmar ou Ṭāhā), et l’on sait seulement qu’il vivait au XIᵉ siècle de l’Hégire. Mais son poème, écrit dans le mètre rajaz pour être appris par cœur, présente une trentaine de termes avec leur définition. Il a été commenté par de nombreux savants, d’az-Zurqānī au XIIᵉ siècle de l’Hégire jusqu’à Ibn ʿUthaymīn de nos jours.

2. Les cinq conditions du hadith authentique

أَوَّلُهَا الصَّحِيحُ وَهْوَ مَا اتَّصَلْ ... إِسْنَادُهُ وَلَمْ يُشَذَّ أَوْ يُعَلّْ

يَرْوِيهِ عَدْلٌ ضَابِطٌ عَنْ مِثْلِهِ ... مُعْتَمَدٌ فِي ضَبْطِهِ وَنَقْلِهِ

« Le premier est le ṣaḥīḥ (authentique) : celui dont la chaîne est continue, qui n’est ni anormal ni affecté d’un défaut caché, que rapporte un homme intègre et précis, d’un autre semblable à lui. » (v. 3-4)

De ces deux vers, les commentateurs tirent cinq conditions :

  • une chaîne continue : chaque rapporteur l’a reçu de celui qui le précède
  • des rapporteurs intègres, droits dans leur religion et leur conduite
  • des rapporteurs précis, qui retiennent ce qu’ils entendent et le rendent tel quel
  • pas d’anomalie : le rapporteur fiable ne contredit pas plus fiable que lui
  • pas de défaut caché qui blesse le hadith.

Qu’une seule manque, et le hadith descend d’un degré. Le ḥasan (bon) remplit les mêmes conditions avec des rapporteurs un peu moins précis ; le ḍaʿīf (faible) n’atteint pas ce rang et n’est pas une preuve.

3. À qui remonte la parole ?

Une parole attribuée au Prophète ﷺ est dite marfūʿ ; à un Compagnon, mawqūf ; à un Successeur, maqṭūʿ. Avant de dire « le Prophète ﷺ a dit », il faut donc vérifier que la parole remonte bien jusqu’à lui, et non à un Compagnon ou à un savant plus tardif.

4. Quand la chaîne est rompue

Le poème nomme plusieurs ruptures : le mursal, où un Successeur attribue directement une parole au Prophète ﷺ ; le munqaṭiʿ, où un rapporteur manque ; le muʿḍal, où deux manquent à la suite ; et le tadlīs, où un rapporteur cache son maître derrière un mot ambigu comme « d’après ». Chaque maillon qui manque est une question sans réponse : qui était-il, et était-il fiable ?

5. Le nombre ne fait pas la vérité

Un hadith rapporté par un seul rapporteur (gharīb) peut être authentique : c’est le cas du célèbre « Les œuvres ne valent que par les intentions » (al-Bukhārī, n° 1). À l’inverse, une phrase très répandue peut n’avoir aucun fondement : Ibn ʿUthaymīn cite « L’amour de la patrie fait partie de la foi », qui est forgé.

6. Le hadith forgé

وَالكَذِبُ المُخْتَلَقُ المَصْنُوعُ ... عَلَى النَّبِي فَذَلِكَ المَوْضُوعُ

« Le mensonge inventé et fabriqué contre le Prophète ﷺ : voilà le mawḍūʿ (forgé). » (v. 32)

Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui ment sur moi délibérément, qu’il prenne sa place en Enfer » (al-Bukhārī, n° 110 ; Muslim, n° 3). Il est interdit de rapporter un hadith forgé, sauf pour avertir qu’il est forgé. Et même avec une bonne intention : le commentateur al-Mashshāṭ rapporte l’histoire d’un homme qui avait forgé des hadiths sur le mérite de chaque sourate « pour que les gens reviennent au Coran ». Mentir sur le Prophète ﷺ n’est jamais une bonne intention.

Le document à télécharger

Notre document de 19 pages donne le texte arabe vocalisé des 34 vers, une traduction française vers par vers, l’explication de chaque terme avec des exemples tirés d’al-Bukhārī, de Muslim et d’Abū Dāwūd, et un tableau récapitulatif. L’explication s’appuie sur les commentaires d’Ibn ʿUthaymīn et du savant mālikite Ḥasan al-Mashshāṭ, et chaque affirmation a été vérifiée dans les textes de référence.

→ La Bayqūniyya, traduction et explication (PDF gratuit) : https://tahacademy.com/bibliotheque/la-bayquniyya-la-terminologie-du-hadith-en-34-vers-traductio

Pour aller plus loin, suivez notre parcours de lecture sur la science du hadith :

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