En bref
Dès les premiers jours de l’islam, des hommes et des femmes venus d’Afrique, en particulier de la Ḥabasha (l’Abyssinie), ont occupé une place de premier plan auprès du Prophète ﷺ. Leur histoire, rapportée dans les recueils authentiques, montre que la noblesse se mesure à la piété et non à l’origine ou à la couleur.
Le principe : la piété, non la couleur
يَا أَيُّهَا النَّاسُ إِنَّا خَلَقْنَاكُمْ مِنْ ذَكَرٍ وَأُنْثَى وَجَعَلْنَاكُمْ شُعُوبًا وَقَبَائِلَ لِتَعَارَفُوا إِنَّ أَكْرَمَكُمْ عِنْدَ اللَّهِ أَتْقَاكُمْ
« Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un homme et d’une femme, et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus pour que vous vous connaissiez. Le plus noble d’entre vous auprès d’Allah est le plus pieux. » (al-Ḥujurāt, 49 : 13)
Lors du pèlerinage d’adieu, le Prophète ﷺ dit :
أَلَا لَا فَضْلَ لِعَرَبِيٍّ عَلَى أَعْجَمِيٍّ، وَلَا لِعَجَمِيٍّ عَلَى عَرَبِيٍّ، وَلَا لِأَحْمَرَ عَلَى أَسْوَدَ، وَلَا أَسْوَدَ عَلَى أَحْمَرَ، إِلَّا بِالتَّقْوَى
« Un Arabe n’a aucun mérite sur un non-Arabe, ni un non-Arabe sur un Arabe, ni un homme au teint clair sur un homme noir, ni un homme noir sur un homme au teint clair, si ce n’est par la piété. » (Aḥmad, al-Musnad, n° 23489 ; chaîne jugée authentique)
Bilāl ibn Rabāḥ, la voix de l’islam
Né à La Mecque d’une mère abyssine, Ḥamāma, Bilāl était l’esclave d’Umayya ibn Khalaf. Il fut parmi les premiers à afficher son islam. Torturé sous le soleil brûlant, il répétait : « Aḥad, aḥad ! » (« Un, Un ! ») (Ibn Mājah, n° 150). Abū Bakr l’acheta et l’affranchit. ʿUmar disait :
أَبُو بَكْرٍ سَيِّدُنَا، وَأَعْتَقَ سَيِّدَنَا
« Abū Bakr est notre maître, et il a affranchi notre maître. » (al-Bukhārī, n° 3754) — il désignait Bilāl.
- Il fut le premier muezzin de l’islam.
- À Badr, il reconnut son ancien tortionnaire Umayya ibn Khalaf parmi les combattants de Quraysh (al-Bukhārī, n° 2301).
- Le Prophète ﷺ lui dit un jour :
يَا بِلَالُ، حَدِّثْنِي بِأَرْجَى عَمَلٍ عَمِلْتَهُ فِي الْإِسْلَامِ، فَإِنِّي سَمِعْتُ دَفَّ نَعْلَيْكَ بَيْنَ يَدَيَّ فِي الْجَنَّةِ
« Ô Bilāl, parle-moi de l’œuvre la plus prometteuse que tu aies accomplie en islam, car j’ai entendu le bruit de tes sandales devant moi au Paradis. » (al-Bukhārī, n° 1149 ; Muslim, n° 2458)
Bilāl répondit qu’il ne se purifiait jamais sans prier ensuite ce qu’Allah lui permettait de prier. Il mourut à Damas, vers l’an 20 de l’Hégire selon l’avis le plus répandu.
Umm Ayman, « la mère après la mère »
Baraka, connue sous le nom d’Umm Ayman, était originaire de la Ḥabasha (Muslim, n° 1771). Servante de ʿAbd Allāh, le père du Prophète ﷺ, elle prit soin de l’enfant après la mort de sa mère Āmina. Le Prophète ﷺ l’affranchit et la maria à Zayd ibn Ḥāritha ; elle fut la mère d’Usāma.
Après la mort du Prophète ﷺ, Abū Bakr et ʿUmar allèrent lui rendre visite comme il avait l’habitude de le faire. Elle pleura : non parce qu’elle ignorait que ce qui est auprès d’Allah est meilleur pour Son Messager, mais parce que la révélation venue du ciel s’était interrompue. Et ils pleurèrent avec elle (Muslim, n° 2454).
Usāma ibn Zayd, le bien-aimé du Prophète ﷺ
Fils de Zayd ibn Ḥāritha et d’Umm Ayman, Usāma avait le teint très foncé, contrairement à son père. Le Prophète ﷺ se réjouit lorsqu’un physionomiste reconnut, à leurs seuls pieds, qu’ils étaient père et fils (al-Bukhārī, n° 6770 ; Muslim, n° 1459).
Très jeune, Usāma fut nommé à la tête d’une armée où se trouvaient de grands compagnons. Certains critiquèrent ce choix ; le Prophète ﷺ répondit qu’on avait déjà critiqué le commandement de son père, que Zayd en était digne, et qu’Usāma faisait partie des gens qu’il aimait le plus après lui (al-Bukhārī, n° 3730).
La femme noire promise au Paradis
ʿAṭāʾ ibn Abī Rabāḥ rapporte qu’Ibn ʿAbbās lui dit :
أَلَا أُرِيكَ امْرَأَةً مِنْ أَهْلِ الْجَنَّةِ؟ قُلْتُ: بَلَى، قَالَ: هَذِهِ الْمَرْأَةُ السَّوْدَاءُ
« Veux-tu que je te montre une femme parmi les gens du Paradis ? — Oui. — C’est cette femme noire. » (al-Bukhārī, n° 5652 ; Muslim, n° 2576)
Elle souffrait de crises et se découvrait pendant celles-ci. Le Prophète ﷺ lui proposa soit d’être patiente et d’avoir le Paradis, soit qu’il invoque Allah pour sa guérison. Elle choisit la patience, et demanda seulement qu’il invoque Allah pour qu’elle ne se découvre plus. Selon al-Bukhārī, elle s’appelait Umm Zufar.
Waḥshī ibn Ḥarb, le repentir
Waḥshī était un esclave abyssin de Jubayr ibn Muṭʿim. À Uḥud, il tua Ḥamza, l’oncle du Prophète ﷺ, pour obtenir sa liberté. Après la conquête de La Mecque, il embrassa l’islam ; le Prophète ﷺ accepta son islam mais lui demanda de ne plus se présenter devant lui. Lors de la bataille d’al-Yamāma, Waḥshī tua le faux prophète Musaylima (al-Bukhārī, n° 4072). Son histoire montre que l’islam efface ce qui le précède.
Un reproche du Prophète ﷺ
Abū Dharr rapporte qu’il insulta un homme en l’humiliant à cause de sa mère. Le Prophète ﷺ lui dit :
إِنَّكَ امْرُؤٌ فِيكَ جَاهِلِيَّةٌ
« Tu es un homme en qui subsiste quelque chose de la jāhiliyya. » (al-Bukhārī, n° 30)
Ce qui est moins sûr
- L’identité de l’homme insulté par Abū Dharr : certains récits disent qu’il s’agissait de Bilāl, mais ce détail ne figure pas dans la version d’al-Bukhārī.
- La parole « Umm Ayman est ma mère après ma mère » est souvent citée, mais n’est pas établie par une chaîne solide.
- L’histoire de Bilāl refusant de lancer l’appel à la prière après la mort du Prophète ﷺ, puis le lançant une dernière fois à Médine, provient de chaînes critiquées.
- La date de la mort de Bilāl varie selon les sources (de l’an 17 à l’an 21 de l’Hégire).
Sources
- al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ, n° 30, 1149, 2301, 3730, 3754, 4072, 5652, 6770.
- Muslim, Ṣaḥīḥ, n° 1459, 1771, 2454, 2458, 2576.
- Aḥmad, al-Musnad, n° 23489 ; Ibn Mājah, Sunan, n° 150.
- Ibn Saʿd, aṭ-Ṭabaqāt al-kubrā ; Ibn Ḥajar, al-Iṣāba fī tamyīz aṣ-ṣaḥāba ; adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ.
Pour aller plus loin
- La Ḥabasha (Abyssinie), première terre d’accueil des musulmans → https://tahacademy.com/bibliotheque/-P5Ca_Azrd4WI_jgMi28
- Histoire de l’islam · 5. L’empire du Mali → https://tahacademy.com/bibliotheque/histoire-de-l-islam-5-l-empire-du-mali-xiiie-xve-siecle-sunj

