Sulaymān ibn Yasār
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Savant

Sulaymān ibn Yasār

أَبُو أَيُّوبَ سُلَيْمَانُ بْنُ يَسَارٍ الْهِلَالِيُّ مَوْلَاهُمُ الْمَدَنِيُّ

Naissance : 34 H / 654 Décès : 107 H / 725 Juristes de Médine (tābiʿūn)

Affranchi de Maymūna, mufti de Médine et spécialiste du divorce

Sulaymān ibn Yasār (34-107 H / 654-725), affranchi de la mère des croyants Maymūna. L’un des sept juristes de Médine, à qui Saʿīd ibn al-Musayyib renvoyait les questions ; grand spécialiste du divorce, il était aussi célèbre pour sa chasteté.

Biographie

Sulaymān ibn Yasār est l'un des sept juristes de Médine. Fils d'un captif perse, affranchi de la mère des croyants Maymūna, il devint l'un des plus grands muftis de la ville : Saʿīd ibn al-Musayyib lui-même renvoyait vers lui ceux qui l'interrogeaient. Spécialiste reconnu des questions de divorce, il était aussi célèbre pour sa beauté, sa chasteté et ses jeûnes.

أَبُو أَيُّوبَ سُلَيْمَانُ بْنُ يَسَارٍ الْهِلَالِيُّ مَوْلَاهُمُ الْمَدَنِيُّ

En bref

  • Nom complet : Abū Ayyūb (ou Abū ʿAbd ar-Raḥmān, ou Abū ʿAbd Allāh) Sulaymān ibn Yasār al-Hilālī al-Madanī, affranchi de Maymūna bint al-Ḥārith.
  • Naissance : à Médine, en 34 H (654-655), sous le califat de ʿUthmān.
  • Mort : à Médine, en 107 H (725-726), à soixante-treize ans, selon la majorité.
  • Famille : frère de ʿAṭāʾ ibn Yasār, de ʿAbd al-Malik et de ʿAbd Allāh, tous transmetteurs de hadith.
  • Rang : l'un des sept juristes de Médine ; « le savant de Médine et son mufti » selon adh-Dhahabī.

Un affranchi devenu imam

Son père, Yasār, était un Perse capturé lors des conquêtes, devenu client de Maymūna bint al-Ḥārith al-Hilāliyya, épouse du Prophète ﷺ. Selon plusieurs sources, Sulaymān lui-même avait conclu avec elle un contrat d'affranchissement contre paiement (mukātaba) ; d'autres disent que c'était avec Umm Salama. Ses frères ʿAṭāʾ, ʿAbd al-Malik et ʿAbd Allāh furent eux aussi des savants : ʿAṭāʾ ibn Yasār, prédicateur et juriste, est l'un des grands transmetteurs de Médine.

Sa vie montre que la science, à Médine, ne dépendait ni de la naissance ni de l'origine : un fils de captif perse siégeait parmi les sept juristes aux côtés des petits-fils d'Abū Bakr, d'az-Zubayr et de Zayd ibn Thābit.

Sa formation

Il rapporte de Zayd ibn Thābit, d'Ibn ʿAbbās, d'Abū Hurayra, de Ḥassān ibn Thābit, de Jābir ibn ʿAbd Allāh, de Rāfiʿ ibn Khadīj, d'Ibn ʿUmar, d'Abū Saʿīd al-Khudrī, d'Abū Rāfiʿ, l'affranchi du Prophète ﷺ, et des mères des croyants ʿĀʾisha, Umm Salama et Maymūna. Il rapporte aussi de tābiʿūn comme ʿUrwa, Kurayb et ʿAmra. Adh-Dhahabī le décrit comme « l'un des réceptacles de la science ».

Le mufti de Médine

  • Saʿīd ibn al-Musayyib : selon ʿAbd Allāh ibn Yazīd al-Hudhalī, quand on venait le consulter, il disait : « Va voir Sulaymān ibn Yasār, c'est le plus savant de ceux qui restent aujourd'hui. »
  • Al-Ḥasan, fils de Muḥammad ibn al-Ḥanafiyya : « Sulaymān ibn Yasār est pour nous plus perspicace que Saʿīd ibn al-Musayyib. »
  • Mālik : « Sulaymān ibn Yasār était parmi les savants des gens après Saʿīd ibn al-Musayyib. Il était souvent du même avis que Saʿīd, et Saʿīd ne se permettait pas de lui manquer de respect. »
  • Az-Zuhrī : « Il était parmi les savants. »
  • Abū Zurʿa : « Sûr, éminent, dévot. » Yaḥyā ibn Maʿīn : « Digne de confiance. » Ibn Saʿd : « Digne de confiance, savant, de haut rang, juriste, abondant en hadiths. »

Sulaymān, de son côté, disait de Saʿīd : « Il est le dernier qui reste des grands. »

Le spécialiste du divorce

Qatāda raconte : « Arrivé à Médine, j'ai demandé qui connaissait le mieux les questions de divorce. On m'a répondu : Sulaymān ibn Yasār. »

Le divorce est l'un des chapitres où les tābiʿūn de Médine ont le plus marqué les quatre écoles. Mālik rapporte dans le Muwaṭṭaʾ, au livre du divorce, plusieurs avis de Sulaymān, souvent aux côtés de ceux de Saʿīd ibn al-Musayyib, d'al-Qāsim et d'autres Médinois. Les ouvrages de fiqh comparé des ḥanafites, des shāfiʿites et des ḥanbalites rapportent aussi ses positions parmi celles des Médinois.

Au service de la cité

Quand ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz était gouverneur de Médine sous le califat d'al-Walīd, il confia à Sulaymān l'inspection du marché de la ville. Cette charge, qui deviendra la ḥisba, consistait à surveiller les poids et mesures, les prix et l'honnêteté des transactions : une responsabilité naturelle pour un juriste réputé.

Il se rendit aussi en Syrie : ʿAbd ar-Raḥmān ibn Yazīd ibn Jābir raconte qu'à son arrivée à Damas, son père l'invita et lui prépara un repas.

Un hadith qu'il a transmis

Sulaymān rapporte d'Abū Hurayra un hadith que Muslim a recueilli dans son Ṣaḥīḥ. Comme les gens se dispersaient, un homme de Syrie demanda à Abū Hurayra un hadith entendu du Prophète ﷺ. Il rapporta :

إِنَّ أَوَّلَ النَّاسِ يُقْضَى يَوْمَ الْقِيَامَةِ عَلَيْهِ رَجُلٌ اسْتُشْهِدَ

« Le premier homme sur lequel on jugera le Jour de la Résurrection est un homme mort en martyr. »
Le hadith décrit ensuite un savant qui a appris et enseigné le Coran, et un homme riche qui a dépensé son argent : tous trois avaient agi pour qu'on dise d'eux qu'ils étaient braves, savants ou généreux, et ils sont jetés dans le Feu. Il est l'un des textes de base sur la sincérité de l'intention (ikhlāṣ).

La chasteté de Sulaymān

Sulaymān était, selon Muṣʿab ibn ʿUthmān, « le plus beau des hommes ». Une femme entra un jour chez lui et voulut le séduire. Il refusa. Elle le menaça : « Alors je te couvrirai de honte. » Il sortit et la laissa seule dans sa maison, fuyant comme le prophète Yūsuf.

Il raconta ensuite avoir vu Yūsuf en rêve et lui avoir demandé : « Es-tu Yūsuf ? » — « Oui, je suis Yūsuf, celui qui a été tenté, et tu es Sulaymān, qui ne l'a pas été. »

Sa dévotion

Abū az-Zinād rapporte que Sulaymān jeûnait continuellement, tandis que son frère ʿAṭāʾ jeûnait un jour sur deux, à la manière du prophète Dāwūd.

Sa mort

Sulaymān mourut à Médine en 107 H, à soixante-treize ans, selon Muṣʿab ibn ʿAbd Allāh, Yaḥyā ibn Maʿīn, al-Fallās et d'autres. Adh-Dhahabī en déduit qu'il était né en 34 H, à la fin du califat de ʿUthmān.

Ses élèves

Son frère ʿAṭāʾ ; Ibn Shihāb az-Zuhrī ; ʿAmr ibn Dīnār ; Bukayr ibn al-Ashajj ; Rabīʿat ar-Raʾy, le maître de Mālik ; Abū az-Zinād ; Sālim Abū an-Naḍr ; Yaḥyā ibn Saʿīd al-Anṣārī ; Ṣāliḥ ibn Kaysān ; ʿAmr ibn Shuʿayb ; Abū al-Aswad, « l'orphelin de ʿUrwa ».

Les sept juristes de Médine

À la génération qui suit les Compagnons, la fatwa de Médine reposait sur un groupe de savants que les biographes appellent « les sept juristes » (al-fuqahāʾ as-sabʿa). Abū az-Zinād, qui les avait connus, en donne la liste : Saʿīd ibn al-Musayyib, ʿUrwa ibn az-Zubayr, al-Qāsim ibn Muḥammad, Abū Bakr ibn ʿAbd ar-Raḥmān, ʿUbayd Allāh ibn ʿAbd Allāh ibn ʿUtba, Khārija ibn Zayd et Sulaymān ibn Yasār. On les a réunis dans deux vers célèbres :

أَلَا كُلُّ مَنْ لَا يَقْتَدِي بِأَئِمَّةٍ ... فَقِسْمَتُهُ ضِيزَى عَنِ الْحَقِّ خَارِجَهْ

فَخُذْهُمْ: عُبَيْدُ اللهِ، عُرْوَةُ، قَاسِمٌ ... سَعِيدٌ، أَبُو بَكْرٍ، سُلَيْمَانُ، خَارِجَهْ

« Quiconque ne suit pas de guides fait un partage injuste, qui s'écarte du vrai. Prends-les donc : ʿUbayd Allāh, ʿUrwa, Qāsim, Saʿīd, Abū Bakr, Sulaymān, Khārija. »

Les quatre écoles juridiques rapportent leurs avis comme ceux des plus grands tābiʿūn. Mālik, qui grandit à Médine parmi leurs élèves, en a recueilli beaucoup dans le Muwaṭṭaʾ ; Abū Ḥanīfa et ses disciples les connaissaient, notamment par Muḥammad ash-Shaybānī, qui transmit lui aussi le Muwaṭṭaʾ ; ash-Shāfiʿī et Aḥmad ibn Ḥanbal les citent souvent. Les ouvrages de fiqh comparé des quatre écoles mentionnent régulièrement « l'avis des sept juristes ».

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Ce qui est moins sûr

  • Son statut d'origine : affranchi de Maymūna selon la plupart des sources ; mukātab d'Umm Salama selon d'autres.
  • L'année de la mort : 107 H selon la majorité ; 109 H selon Yaḥyā ibn Bukayr (adh-Dhahabī y voit une erreur), 104 H selon Khalīfa, 100 H selon al-Haytham ibn ʿAdī, avis isolé.
  • Le récit de la tentation et le rêve de Yūsuf : adh-Dhahabī précise que la chaîne de ce récit est interrompue.
  • Ses récits de certains Compagnons (al-Miqdād, Salama ibn Ṣakhr, ʿAbd Allāh ibn Ḥudhāfa, al-Faḍl ibn al-ʿAbbās) sont mursal.

Sources

  • Adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. Muʾassasat ar-Risāla, t. 4, p. 444 et suiv.
  • Ibn Saʿd, aṭ-Ṭabaqāt al-kubrā, t. 5 (savants de Médine).
  • Muslim, aṣ-Ṣaḥīḥ, livre du gouvernement (al-imāra), hadith des trois premiers jugés.
  • Mālik, al-Muwaṭṭaʾ, livre du divorce.
  • Ibn Ḥibbān, ath-Thiqāt.
  • Al-Mizzī, Tahdhīb al-kamāl, et Ibn Ḥajar, Tahdhīb at-tahdhīb.

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