
Aḥmad Bābā de Tombouctou (1556-1627) : l’essentiel
Le plus célèbre savant de Tombouctou en une fiche : repères, maîtres, exil à Marrakech, œuvres et héritage.…

أَبُو الْعَبَّاسِ أَحْمَدُ بَابَا بْنُ أَحْمَدَ التِّنْبُكْتِيُّ
Juriste mālikite, biographe et maître de Tombouctou
Aḥmad Bābā at-Tinbuktī (963-1036 H / 1556-1627) est le plus célèbre savant de Tombouctou. Juriste mālikite et auteur de plus de quarante ouvrages, dont le dictionnaire biographique Nayl al-ibtihāj, il fut déporté à Marrakech après la conquête marocaine de 1591. Il y enseigna avec un grand prestige avant de rentrer mourir dans sa ville.
Abū al-ʿAbbās Aḥmad Bābā ibn Aḥmad at-Tinbuktī est le plus célèbre des savants de Tombouctou. Juriste mālikite, biographe et auteur de plus de quarante ouvrages, il incarne la grande tradition savante de l’Afrique de l’Ouest. Les biographes mālikites l’ont considéré comme le rénovateur (mujaddid) de son siècle.
أَبُو الْعَبَّاسِ أَحْمَدُ بَابَا بْنُ أَحْمَدَ التِّنْبُكْتِيُّ
Aḥmad Bābā appartient à la famille des Aqīt, des Ṣanhāja de la branche Massūfa, installée à Tombouctou depuis le milieu du IXe siècle de l’Hégire. Cette famille a donné à la ville des juges, des imams et des professeurs pendant plusieurs générations : l’oncle de son père, Maḥmūd ibn ʿUmar, fut juge (qāḍī) de Tombouctou pendant un demi-siècle et commenta le Mukhtaṣar de Khalīl ; son père Aḥmad était lui-même auteur de plusieurs ouvrages.
À cette époque, Tombouctou fait partie de l’empire songhaï. Avec ses mosquées de Djingareyber, Sankoré et Sīdī Yaḥyā, et ses nombreuses bibliothèques privées, elle est l’un des grands centres de science du monde musulman.
Il étudie le fiqh mālikite à travers le Mukhtaṣar de Khalīl et ses commentaires, le hadith, la grammaire, la rhétorique et la théologie.
En 1591, l’armée du sultan saʿdien Aḥmad al-Manṣūr bat les Songhaï à Tondibi et s’empare de Tombouctou. Aḥmad Bābā est alors l’un des savants les plus en vue de la ville, et les biographes rapportent qu’il fut à la tête de la résistance des lettrés à l’occupation.
À la fin de 1593, les autorités marocaines arrêtent plusieurs savants de la famille Aqīt. Aḥmad Bābā est conduit à Marrakech, enchaîné, avec sa famille ; leurs biens et leurs livres sont pillés. Il écrira plus tard :
وَأَنَا أَقَلُّ عَشِيرَتِي كُتُبًا، نُهِبَ لِي أَلْفٌ وَسِتُّمِائَةِ مُجَلَّدٍ
« J’étais celui de mes proches qui possédait le moins de livres, et l’on m’en a pillé mille six cents volumes. » (cité par Makhlūf, Shajarat an-nūr az-zakiyya)
Libéré de prison vers 1596, il reste assigné à résidence au Maroc. Les savants de Marrakech découvrent l’étendue de sa science : il enseigne, donne des avis juridiques (fatwās) et voit venir à lui des étudiants nombreux, dont plusieurs plus âgés que lui. Parmi ceux qui prirent de lui figurent Abū al-Qāsim ibn Abī Nuʿaym, ar-Rajrājī et Shihāb ad-Dīn al-Maqqarī, le futur auteur de Nafḥ aṭ-ṭīb.
C’est en exil qu’il achève en 1005 H (1596) son œuvre la plus connue, Nayl al-ibtihāj.
Après la mort d’al-Manṣūr (1603), le sultan Zaydān l’autorise à rentrer. Il regagne Tombouctou en 1608, dans une ville appauvrie par la guerre. Il y consacre ses dernières années à l’enseignement et aux fatwās, jusqu’à sa mort le 6 shaʿbān 1036 H (22 avril 1627).
On lui attribue plus de quarante titres, dont une soixantaine de textes sont aujourd’hui recensés. Parmi les principaux :
Aḥmad Bābā reste le symbole de Tombouctou savante. En 1973, le Mali a ouvert à Tombouctou un centre de recherche et de conservation des manuscrits qui porte son nom, devenu en 2000 l’Institut des hautes études et de recherches islamiques Ahmed Baba (IHERI-AB). En janvier 2013, des groupes armés ont endommagé ses locaux, mais une grande partie des manuscrits avait été mise à l’abri par des habitants et des familles de la ville.