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Abū Hurayra
أَبُو هُرَيْرَةَ
Savant
Quand on lit un recueil de hadiths, un nom revient plus souvent que tous les autres : « d'après Abū Hurayra ». Ce compagnon n'a vécu que quelques années auprès du Prophète ﷺ, et pourtant aucun autre n'a transmis autant de ses paroles. Son histoire explique pourquoi. Un surnom venu d'un petit chat Les savants ont beaucoup discuté de son vrai nom. Ibn ʿAbd al-Barr rapporte, dans *al-Istīʿāb*, qu'avant l'islam il s'appelait ʿAbd Shams ou ʿAbd ʿAmr, et qu'en islam il fut nommé ʿAbdallāh ou ʿAbd ar-Raḥmān. Il appartient à la tribu de Daws, au Yémen. Son surnom, lui, est connu de tous. Il l'explique lui-même : « Je gardais les moutons de ma famille, et j'avais un petit chat. La nuit, je le posais dans un arbre, et le jour je l'emmenais avec moi pour jouer. Alors on m'a surnommé Abū Hurayra », c'est-à-dire « l'homme au petit chat » (rapporté par at-Tirmidhī). L'arrivée à Médine Abū Hurayra embrassa l'islam et rejoignit le Prophète ﷺ à Médine vers l'époque de l'expédition de Khaybar, en l'an 7 de l'hégire. Il ne lui restait donc qu'environ quatre ans à passer auprès de lui. Il décida de ne pas en perdre une minute. Pauvre parmi les pauvres Abū Hurayra n'avait ni commerce, ni champ, ni famille à Médine. Il vivait avec les gens d'aṣ-Ṣuffa, les compagnons pauvres qui logeaient sous un abri attenant à la mosquée du Prophète ﷺ. Il connaissait la faim. Il racontait lui-même, pour expliquer pourquoi il rapportait tant de hadiths : les Émigrés étaient occupés par le commerce dans les marchés, les Anṣār par leurs biens et leurs palmeraies, tandis que lui restait collé au Prophète ﷺ, se contentant de quoi apaiser sa faim. Il était présent quand les autres étaient absents, et il retenait quand les autres oubliaient (rapporté par al-Bukhārī). « Étends ton manteau » Abū Hurayra se plaignit un jour au Prophète ﷺ : « J'entends de toi beaucoup de paroles, et je les oublie. » Le Prophète ﷺ lui dit : « Étends ton manteau. » Il l'étendit. Le Prophète ﷺ fit un geste de ses mains, comme s'il y versait quelque chose, puis lui dit : « Rassemble-le contre toi. » Il le serra contre lui. Abū Hurayra disait : « Après cela, je n'ai plus jamais rien oublié » (rapporté par al-Bukhārī). La conversion de sa mère La mère d'Abū Hurayra était restée polythéiste. Il l'invitait sans cesse à l'islam. Un jour, elle dit sur le Prophète ﷺ des paroles qui le blessèrent profondément. Il alla en pleurant le trouver et lui demanda de prier pour qu'Allah la guide. Le Prophète ﷺ dit : « Ô Allah, guide la mère d'Abū Hurayra. » Abū Hurayra repartit plein d'espoir. En arrivant chez lui, il entendit le bruit de l'eau : sa mère faisait le grand lavage. Elle ouvrit la porte et prononça l'attestation de foi. Il retourna voir le Prophète ﷺ en pleurant, cette fois de joie, et lui demanda de prier pour qu'Allah le fasse aimer des croyants, lui et sa mère, et leur fasse aimer les croyants. Le Prophète ﷺ fit cette invocation (rapporté par Muslim). La coupe de lait Abū Hurayra a raconté l'un des récits les plus touchants de cette époque (rapporté par al-Bukhārī). Un jour, la faim le tenaillait tellement qu'il s'assit sur le chemin des compagnons, espérant qu'on l'inviterait à manger. Le Prophète ﷺ passa, comprit à son visage ce qu'il ressentait et l'emmena chez lui. On y avait offert une coupe de lait. Le Prophète ﷺ lui dit : « Va chercher les gens d'aṣ-Ṣuffa et appelle-les pour moi. » Abū Hurayra fut un peu déçu : que représentait cette seule coupe pour tout ce monde ? Il aurait aimé en boire assez pour reprendre des forces. Mais il obéit. Le Prophète ﷺ lui demanda alors de servir chacun d'eux. L'un après l'autre, ils burent jusqu'à être rassasiés, puis rendirent la coupe. Quand tous eurent bu, le Prophète ﷺ dit à Abū Hurayra : « Assieds-toi et bois. » Il but. « Bois encore. » Il but encore, et le Prophète ﷺ répétait la même parole, jusqu'à ce qu'Abū Hurayra dise : « Non, par Celui qui t'a envoyé avec la vérité, je n'y trouve plus de place. » Le Prophète ﷺ prit alors la coupe, loua Allah, prononça Son nom et but le reste. Cette histoire résume bien Abū Hurayra : pauvre, patient, obéissant, et tout près du Prophète ﷺ. Le grand transmetteur Aucun compagnon n'a rapporté autant de hadiths qu'Abū Hurayra. L'imam ash-Shāfiʿī disait de lui : « Abū Hurayra est celui qui a le mieux retenu le hadith parmi ceux qui l'ont rapporté à son époque » (cité par adh-Dhahabī dans *Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ*). Un très grand nombre d'élèves, compagnons et tābiʿūn, ont reçu le hadith de lui. Parmi les plus connus : Saʿīd ibn al-Musayyib, Muḥammad ibn Sīrīn, Hammām ibn Munabbih ou encore Abū Ṣāliḥ as-Sammān. Une grande partie de ce que nous savons des actes d'adoration, des bonnes manières et des récits du Prophète ﷺ passe par lui. Parmi les hadiths célèbres qu'il a rapportés : « Fait partie du bon islam d'une personne le fait de délaisser ce qui ne la concerne pas » (rapporté par at-Tirmidhī et Ibn Māja). « Celui qui croit en Allah et au Jour dernier, qu'il dise du bien ou qu'il se taise »…