Accueil › Articles › Fiqh de l’hiver (3) : Le tayammum quand l’eau froide fait du tort

Fiqh de l’hiver (3) : Le tayammum quand l’eau froide fait du tort

Quand on peut remplacer les ablutions ou le ghusl par l’ablution sèche à cause du froid, comment la faire, et faut-il refaire sa prière ?

1. Le récit de ʿAmr ibn al-ʿĀṣ قِصَّةُ عَمْرِو بْنِ العَاص احْتَلَمْتُ فِي لَيْلَةٍ بَارِدَةٍ فِي غَزْوَةِ ذَاتِ السَّلَاسِلِ، فَأَشْفَقْتُ إِنِ اغْتَسَلْتُ أَنْ أَهْلِكَ، فَتَيَمَّمْتُ… « J’eus une pollution nocturne par une nuit froide, lors de l’expédition de Dhāt as-Salāsil. Je craignis de périr si je faisais le grand lavage ; je fis donc le tayammum, puis je dirigeai la prière de l’aube. » Le Prophète ﷺ lui demanda : « Tu as dirigé la prière alors que tu étais en état de janāba ? » ʿAmr lui expliqua et récita : « Ne vous tuez pas vous-mêmes, Allah est Miséricordieux envers vous » (an-Nisāʾ, 4 : 29).

Le Prophète ﷺ rit, et ne dit rien. — Abū Dāwūd (n° 334) · al-Bukhārī le mentionne dans le chapitre « Si la personne en janāba craint pour elle la maladie ou la mort » Le silence du Prophète ﷺ vaut approbation, car il ne laisse pas passer une erreur (Ibn Qudāma, *al-Mughnī*). [Consensus] La grande majorité des savants admet donc le tayammum pour celui qui craint, à cause du froid de l’eau, la mort ou une maladie grave (Ibn Rushd). Seuls ʿAṭāʾ et al-Ḥasan l’ont refusé. 2. Quand est-ce permis ? مَتَى يَجُوزُ ؟ [Mālikites] On fait le tayammum si l’on craint, en utilisant l’eau, de tomber malade (rhume, fièvre…), d’aggraver une maladie ou de retarder sa guérison (Khalīl).

Cette crainte doit être fondée : une expérience sur soi ou sur une personne de même constitution, ou l’avis d’un médecin ; une forte probabilité, pas un simple doute (ad-Dardīr, ad-Dasūqī). L’eau est froide, mais je peux la chauffer → Pas de tayammum : je chauffe l’eau Je peux me laver membre par membre en me couvrant à chaque fois → Pas de tayammum : je fais ainsi (Ibn Qudāma) Impossible de chauffer l’eau, et risque réel de tomber malade → Tayammum permis Le froid est seulement désagréable → Pas de tayammum : ablutions, avec leur récompense (fiche 2) 3.

Comment faire le tayammum صِفَةُ التَّيَمُّم On utilise une terre pure : terre, sable, pierre… On pose les mains sur le sol, on les secoue légèrement, on essuie tout le visage ; puis on pose de nouveau les mains et l’on essuie la main droite avec la gauche jusqu’au coude, puis la gauche avec la droite (*ar-Risāla*). Visage et mains jusqu’aux poignets, une première frappe → Obligatoire [Mālikites] Jusqu’aux coudes, et une seconde frappe → Sunna (Khalīl) À ʿAmmār, qui s’était roulé dans la poussière après une janāba, le Prophète ﷺ dit : « Il te suffisait de faire ainsi », puis il frappa le sol de ses mains une fois et essuya son visage et ses mains (al-Bukhārī, n° 347 ; Muslim, n° 368). 4.

Les règles pratiques أَحْكَام [Mālikites] Un tayammum par prière obligatoire : on ne fait pas deux prières obligatoires avec le même (*ar-Risāla*, Khalīl). Le tayammum est annulé par ce qui annule les ablutions, et par la possibilité d’utiliser l’eau avant de commencer la prière. Le tayammum ne lève pas définitivement l’état de janāba : dès que l’eau peut être utilisée sans danger, on fait le grand lavage. 5. Faut-il refaire la prière ? الإِعَادَة Mālikites : Non : le Prophète ﷺ n’a pas demandé à ʿAmr de refaire sa prière.

C’est aussi l’avis d’Abū Ḥanīfa et d’ath-Thawrī. Ḥanafites : Abū Ḥanīfa : non. Ses deux disciples, Abū Yūsuf et Muḥammad : oui, car c’est une excuse rare. Shāfiʿites : Oui s’il est chez lui (où l’on peut d’ordinaire chauffer l’eau) ; deux avis s’il est en voyage. Ḥanbalites : Deux avis rapportés d’Aḥmad ; Ibn Qudāma juge le plus juste : non. D’après Ibn Qudāma, *al-Mughnī*, et Ibn Rushd, *Bidāyat al-mujtahid*. À retenir Le froid seul ne suffit pas : il faut un risque réel pour la santé, et ne pas pouvoir chauffer l’eau.

Dans ce cas, le tayammum remplace les ablutions et le ghusl. Visage, puis mains : jusqu’aux poignets obligatoire, jusqu’aux coudes sunna (mālikites). Un tayammum par prière obligatoire ; pas de prière à refaire chez les mālikites. Sources Sunan Abī Dāwūd ; Ṣaḥīḥ al-Bukhārī ; Ṣaḥīḥ Muslim ; ar-Risāla d’Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī ; le Mukhtaṣar de Khalīl avec ash-Sharḥ al-kabīr d’ad-Dardīr et la Ḥāshiya d’ad-Dasūqī ; Bidāyat al-mujtahid d’Ibn Rushd ; al-Mughnī d’Ibn Qudāma. Pour toute situation particulière, consultez une personne de science.

Toute la série « Fiqh de l’hiver », 12 épisodes → https://tahacademy.com/formations/fiqh-de-l-hiver

Auteur : TAHA ACADEMY