Prier les bras le long du corps (sadl) ou croisés (qabḍ) : les avis des quatre écoles

TAHA ACADEMY 30 octobre 2026 4 min de lecture
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En Afrique de l’Ouest, on prie souvent les bras le long du corps, mais beaucoup posent la main droite sur la gauche. Que disent les textes et les quatre écoles ? Ce qui fait l’accord, ce qui fait la divergence, et comment préserver l’unité dans la mosquée.

En bref

Pendant la station debout de la prière, faut-il laisser les bras le long du corps (as-sadl, ou al-irsāl) ou poser la main droite sur la gauche (al-qabḍ) ? En Afrique de l’Ouest, où l’école mālikite est majoritaire, les deux manières se côtoient souvent dans un même rang, et la question divise parfois les fidèles.
Les quatre écoles s’accordent sur l’essentiel : il s’agit d’une manière recommandée de prier, pas d’un pilier ni d’une obligation. La prière est valide dans les deux cas.

Les textes de référence

Sahl ibn Saʿd as-Sāʿidī (qu’Allah l’agrée) rapporte :

كَانَ النَّاسُ يُؤْمَرُونَ أَنْ يَضَعَ الرَّجُلُ الْيَدَ الْيُمْنَى عَلَى ذِرَاعِهِ الْيُسْرَى فِي الصَّلَاةِ

« Les gens recevaient l’ordre de poser, dans la prière, la main droite sur l’avant-bras gauche. » (al-Bukhārī, n° 740 ; Mālik, al-Muwaṭṭaʾ)
Abū Ḥāzim, qui rapporte ce hadith de Sahl, précise qu’il le faisait remonter au Prophète ﷺ.

Wāʾil ibn Ḥujr (qu’Allah l’agrée) décrit la prière du Prophète ﷺ :

ثُمَّ وَضَعَ يَدَهُ الْيُمْنَى عَلَى الْيُسْرَى

« Puis il posa sa main droite sur la gauche. » (Muslim, n° 401)

Ceux qui retiennent le sadl s’appuient sur la pratique héritée à Médine, sur des descriptions de la prière qui ne mentionnent pas le qabḍ (comme le hadith de l’homme à qui le Prophète ﷺ apprit à prier, al-Bukhārī, n° 757), et sur des savants des premières générations dont on rapporte qu’ils priaient les bras le long du corps.

Ce que disent les quatre écoles

Ḥanafites

Le qabḍ est sunna. L’homme place la main droite sur la gauche sous le nombril ; la femme pose les mains sur la poitrine. Ils citent la parole attribuée à ʿAlī : « Il fait partie de la sunna de poser la paume sur la paume, sous le nombril » (Abū Dāwūd, n° 756), dont la chaîne est jugée faible par les spécialistes du hadith.

Mālikites

L’école connaît plusieurs avis :

  • L’avis retenu dans le Mukhtaṣar de Khalīl et ses commentaires : il est recommandé (mandūb) de laisser les bras le long du corps ; le qabḍ est réprouvé (makrūh) dans la prière obligatoire et permis dans la prière surérogatoire. Cet avis repose sur ce qu’Ibn al-Qāsim rapporte de Mālik dans al-Mudawwana : il ne connaissait pas cette pratique dans la prière obligatoire et la réprouvait, mais n’y voyait pas de mal dans les prières surérogatoires lorsque la station debout se prolonge.
  • Les mālikites divergent sur la raison de cette réprobation : la crainte que l’on s’appuie sur ses mains, la crainte que les gens du commun ne la croient obligatoire, ou la crainte d’afficher un recueillement que l’on n’a pas. Ad-Dardīr retient la première : celui qui fait le qabḍ pour suivre la sunna, et non pour s’appuyer, ne fait rien de réprouvé (ash-Sharḥ al-kabīr, avec la Ḥāshiya d’ad-Dasūqī).
  • D’autres mālikites retiennent le qabḍ dans toute prière, obligatoire ou surérogatoire. Ils s’appuient sur le hadith de Sahl que Mālik rapporte lui-même dans al-Muwaṭṭaʾ, et sur ce que Muṭarrif, Ibn al-Mājishūn et Ibn Nāfiʿ rapportent de lui. Ibn ʿAbd al-Barr présente le qabḍ comme l’avis de la grande majorité des savants (at-Tamhīd ; al-Istidhkār).

Lorsqu’ils font le qabḍ, les mālikites placent les mains sous la poitrine, au-dessus du nombril.

Shāfiʿites

Le qabḍ est sunna. Les mains se placent sous la poitrine et au-dessus du nombril, la main droite tenant le poignet gauche (an-Nawawī, al-Majmūʿ).

Ḥanbalites

Le qabḍ est sunna. L’avis le plus connu de l’école est de placer les mains sous le nombril ; d’autres narrations de l’imam Aḥmad laissent le choix de les placer plus haut (Ibn Qudāma, al-Mughnī).

Ce sur quoi tout le monde s’accorde

  • La prière est valide avec le sadl comme avec le qabḍ : aucune école n’en fait un pilier ni une obligation.
  • La question relève des manières recommandées de la prière, pas de la croyance.
  • Chacune des deux pratiques a été suivie, pendant des siècles, par des savants reconnus.

En Afrique de l’Ouest aujourd’hui

Dans les pays de tradition mālikite (Sénégal, Mali, Mauritanie, Guinée, Niger…), le sadl est la manière transmise par la plupart des maîtres et des écoles coraniques. Le qabḍ y est aussi pratiqué, par des mālikites qui suivent l’autre avis de l’école, et par des fidèles qui suivent d’autres écoles ou d’autres maîtres. Les deux pratiques se retrouvent donc souvent côte à côte.

Conseils pratiques

  • Suivez la manière que vous a enseignée votre école ou votre maître, et apprenez ses preuves.
  • Ne reprochez pas à votre voisin de rang une pratique que de grands savants ont suivie.
  • Ne faites pas de cette question un motif de division : l’unité des croyants est une obligation, la position des mains une sunna.

وَاعْتَصِمُوا بِحَبْلِ اللَّهِ جَمِيعًا وَلَا تَفَرَّقُوا

« Attachez-vous tous ensemble au câble d’Allah et ne vous divisez pas. » (Āl ʿImrān, 3 : 103)

Sources

  • al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ, n° 740 et 757 ; Muslim, Ṣaḥīḥ, n° 401 ; Abū Dāwūd, Sunan, n° 756.
  • Mālik, al-Muwaṭṭaʾ, chapitre sur la pose d’une main sur l’autre dans la prière.
  • Saḥnūn, al-Mudawwana, rapport d’Ibn al-Qāsim.
  • Khalīl ibn Isḥāq, al-Mukhtaṣar ; ad-Dardīr, ash-Sharḥ al-kabīr, avec la Ḥāshiya d’ad-Dasūqī.
  • Ibn ʿAbd al-Barr, at-Tamhīd et al-Istidhkār.
  • al-Marghīnānī, al-Hidāya ; Ibn ʿĀbidīn, Radd al-muḥtār.
  • an-Nawawī, al-Majmūʿ sharḥ al-Muhadhdhab.
  • Ibn Qudāma, al-Mughnī.
  • Dār al-Iftāʾ égyptienne, fatwa n° 19034 sur le fait de laisser les bras le long du corps dans la prière.

Pour aller plus loin

Cet article présente les avis des quatre écoles pour vous aider à comprendre la question. Pour votre pratique, demandez conseil à une personne de science de confiance.

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Écoles présentées : Ḥanafite · Mālikite · Shāfiʿite · Ḥanbalite. Les avis sont exposés à égalité, avec leurs preuves et leurs sources.

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