1. Une facilité confirmée
الرُّخْصَة
En hiver, se déchausser et se laver les pieds à l’eau froide plusieurs fois par jour est pénible. La Sunna permet, à la place, de passer les mains mouillées sur les khuffs (chaussons ou bottines de cuir) que l’on a enfilés en état de pureté. [Consensus] Les quatre écoles l’admettent, à domicile comme en voyage.
دَعْهُمَا، فَإِنِّي أَدْخَلْتُهُمَا طَاهِرَتَيْنِ
Al-Mughīra ibn Shuʿba se penchait pour retirer les khuffs du Prophète ﷺ pendant ses ablutions ; il lui dit : « Laisse-les, car je les ai enfilés alors que mes pieds étaient purs », puis il passa les mains dessus. — al-Bukhārī (n° 206) · Muslim (n° 274)
« Il peut passer les mains sur les khuffs à domicile et en voyage, tant qu’il ne les retire pas. » — Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, ar-Risāla — qui le compte parmi les « facilités et allègements » (rukhṣa wa takhfīf)
[Mālikites] Le masḥ est une permission : laver les pieds reste préférable (ad-Dardīr, *ash-Sharḥ al-kabīr*). Et le froid est un motif reconnu : celui qui porte ses khuffs par crainte du froid ou du chaud peut faire le masḥ, ce n’est pas un « confort superflu ».
2. Les conditions chez les mālikites
الشُّرُوط
Le khuff doit être…
- en cuir (pas en tissu, laine ou feutre)
- pur (sans impureté)
- cousu (pas simplement collé)
- couvrant tout le pied jusqu’aux chevilles
- praticable : on peut marcher normalement avec.
Celui qui le porte doit…
- l’avoir enfilé après une purification par l’eau (ablutions ou ghusl, pas le tayammum)
- une purification complète : tous les membres lavés *avant* d’enfiler les khuffs
- ne pas le porter par simple confort (seulement pour éviter de laver ses pieds, ou pour dormir)
- ne pas le porter dans un état où c’est interdit (en iḥrām, par exemple).
D’après le *Mukhtaṣar* de Khalīl et son commentaire par ad-Dardīr (avec la *Ḥāshiya* d’ad-Dasūqī). Un khuff déchiré sur un tiers du pied ou plus n’est plus valable.
Concrètement, en hiver : Je fais mes ablutions complètes, j’enfile mes chaussons ou bottines de cuir (cousus, montant au-dessus de la cheville). Aux ablutions suivantes, je passe les mains dessus au lieu de laver mes pieds.
3. Comment faire
صِفَةُ المَسْح
Pour le pied droit, poser la main droite sur le dessus du khuff, au bout des orteils, et la main gauche dessous, puis les ramener jusqu’aux chevilles. Pour le pied gauche, la main gauche dessus et la droite dessous (*ar-Risāla*). On retire d’abord la boue ou le crottin collé sous la semelle. Une seule fois suffit : répéter le masḥ ou laver le khuff est déconseillé.
- Masḥ du dessus seulement oublié → La prière est nulle
- Masḥ du dessous seulement oublié → Prière valable, à refaire tant que son temps n’est pas passé [Mālikites]
4. Durée et annulation
المُدَّةُ وَالنَّوَاقِض
[Mālikites] Pas de durée limite : on peut faire le masḥ tant qu’on ne retire pas ses khuffs, mais il est recommandé de les retirer chaque vendredi (Khalīl). Le masḥ prend fin avec ce qui oblige le grand lavage (janāba), une grande déchirure, ou le retrait du pied hors du khuff : on lave alors aussitôt ses pieds.
5. Les autres écoles
المَذَاهِبُ الأُخْرَى
- Mālikites : Chaussettes : seulement si elles sont recouvertes de cuir dessus et dessous (Khalīl). Pas de durée. Dessus obligatoire, dessous recommandé.
- Ḥanafites : Chaussettes épaisses admises par Abū Yūsuf et Muḥammad ; Abū Ḥanīfa se serait rallié à leur avis à la fin de sa vie (al-Kāsānī, *Badāʾiʿ aṣ-ṣanāʾiʿ*). Durée limitée. Seul le dessus est essuyé.
- Shāfiʿites : Chaussettes admises si elles sont épaisses (l’eau ne passe pas) et qu’on peut marcher avec (an-Nawawī, *al-Majmūʿ*). Durée limitée. Dessus obligatoire, dessous recommandé.
- Ḥanbalites : Chaussettes épaisses qui ne laissent pas voir le pied et tiennent en marchant ; Aḥmad le rapporte de sept ou huit Compagnons (Ibn Qudāma, *al-Mughnī*). Durée limitée. Seul le dessus.
La durée chez les trois autres écoles : un jour et une nuit pour le résident, trois jours et trois nuits pour le voyageur, d’après ʿAlī : « Le Messager d’Allah ﷺ a fixé trois jours et leurs nuits pour le voyageur, et un jour et une nuit pour le résident » (Muslim, n° 276). Les chaussettes : al-Mughīra rapporte que le Prophète ﷺ fit le masḥ sur ses chaussettes et ses sandales (Abū Dāwūd, n° 159 ; at-Tirmidhī, n° 99, qui le juge authentique). Ce hadith est discuté : Abū Dāwūd rapporte qu’Ibn Mahdī ne le transmettait pas, la version connue mentionnant les khuffs.
À retenir
- Le masḥ sur les khuffs est une facilité reconnue par tous, idéale en hiver.
- Il faut les enfiler après des ablutions complètes.
- Chez les mālikites : khuffs de cuir ou chaussettes recouvertes de cuir, sans durée, à retirer de préférence chaque vendredi.
- Les chaussettes épaisses ordinaires sont admises par d’autres écoles : c’est une question de divergence.
Sources
ar-Risāla d’Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī ; le Mukhtaṣar de Khalīl avec ash-Sharḥ al-kabīr d’ad-Dardīr et la Ḥāshiya d’ad-Dasūqī ; Bidāyat al-mujtahid d’Ibn Rushd ; Badāʾiʿ aṣ-ṣanāʾiʿ d’al-Kāsānī ; al-Majmūʿ d’an-Nawawī ; al-Mughnī d’Ibn Qudāma ; Ṣaḥīḥ al-Bukhārī ; Ṣaḥīḥ Muslim ; Sunan Abī Dāwūd ; Jāmiʿ at-Tirmidhī. Pour toute situation particulière, consultez une personne de science.
Toute la série
- « Fiqh de l’hiver », 12 épisodes → https://tahacademy.com/formations/fiqh-de-l-hiver


